780 km de bike-packing en 3 jours : J’enchaine Bastogne-Liège, Flèche Wallonne et le Tour des Flandres

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Le Mur de Huy, le Paterberg, le Koppenberg, le Mur de Grammont… Ces noms ne vous évoquent rien ? Ces ascensions ont pourtant fait la légende de trois classiques flandriennes et ardennaises : Liège-Bastogne-Liège, La Flèche Wallonne, le Tour des Flandres. Gagner une de ces courses d’un jour au travers de la Belgique fait assurément rentrer dans la légende du cyclisme.

À la recherche d’un nouveau défi en mode bike-packing, j’ai décidé de me frotter à ces monuments en partant de Lille. Même si je savais que la tâche n’allait pas être aisée, j’étais loin de m’attendre à une telle difficulté ! Récit.


Partir le plus léger possible mais avec un minimum de confort, voici l’enjeu qui m’a animé pour la préparation de mon vélo, avec les expériences acquises lors de 4 autres voyages de 2 à 3 jours réalisés cette année. Contrairement aux dernières fois où je décidais de dormir à même le sol pour me libérer d’encore quelques grammes, je décide cette fois-ci de prendre le hamac (312g) pour passer des nuits plus confortables. Mon matériel est donc très succinct : une sacoche sous le guidon avec mon hamac, mon gilet et ma nourriture, une petite sacoche sur le cadre avec ma batterie externe et mes papiers, deux chambres à air, un multi-outils, des bonnes lumières, mon compteur GPS Garmin… Mon vélo fait ainsi 11 kilos sans le poids de la nourriture et de l’eau. Let’s go !

Jour 1 : Bastogne, j’arrive !

4h45. Lorsque le réveil sonne, je mets du temps à émerger. Pourtant, une longue journée m’attends : j’enfile ma tenue et je quitte de Lille à 5h35. Nous sommes le 11 juillet : je pensais qu’il ferrait chaud mais le début de journée est glacial : Après une heure de route, je dois enfiler mon gilet. Je n’ai pas de gants (je le regretterai deux jours plus tard) et mes mains sont engourdies mais les premiers rayons me réchauffe rapidement.

Lever de soleil sur les pavés après la frontière Belge

Mon itinéraire m’emmène en direction de Bastogne, à 250 kilomètres au sud-est de Lille, à mi-parcours de la Doyenne des Classiques : Liège-Bastogne-Liège. La route est relativement plate pendant 100 kilomètres, je suis encore frais, et j’avance sans difficulté en longeant les nombreuses rivières de la région. Le paysage change ensuite pour laisser place aux collines du Hainaut, tandis que la route commence à s’élever. Moi qui pensais que la Belgique était appelée le « plat-pays », j’allais être servi ! À partir de ce moment, la route n’est plus jamais plate et je commence 3 jours de montagnes russes à enchainer montées et descentes.

À midi, après 150 km, je mange un bout pour la première fois de la journée tout en roulant : mon choix se porte sur du saucisson maison acheté chez le charcutier la veille. La composition idéale de protéines et de lipides ! J’enchaine les montées et les descente jusqu’à Bastogne, 250 km, vers 17 heures. Je suis fatigué et la pause café-Perrier (mon duo parfait) d’une heure me fait le plus grand bien. Je mange également du pâté et des œufs durs. Je discute avec la serveuse qui est impressionnée, puis elle revient avec une barre chocolatée Carte D’or, qu’elle m’offre avec une grande gentillesse. Moi qui voulait éviter le sucre à tout prix ! Je la mange finalement, elle et ses 22 grammes de glucides, en espérant la digérer correctement et ne pas le payer plus tard.


J’oubliais de vous le préciser, mais si vous êtes nouveau ici, je cours et pédale mon mode cétogène : un régime dans lequel les glucides sont réduits au maximum au profit des graisses et des protéines. En l’absence des glucides apportés par l’alimentation (on parle de moins de 20 g par jour), l’organisme va apprendre à utiliser les matières grasses comme source d’énergie. Pour le sport, l’énergie est alors constante et presque illimitée et je roule des heures entières sans fringale et sans rien avaler. Pour en savoir plus :


Surnommée la Doyenne des Classiques, Liège-Bastogne-Liège a été créée en 1892.

En repartant de Bastogne, cette fois-ci sur le parcours officiel de Liège-Bastogne-Liège, mon objectif est d’atteindre la barre des 300 kilomètres avant de dormir. Finalement, l’énergie et la motivation reviennent alors que je roule sur de magnifiques routes de campagnes avec le soleil rasant : je termine la journée à Stavelot après 330 km !

Je trouve un endroit abrité avec de nombreux arbres pour installer mon hamac : parfait ! Je mange un bout avant de me coucher : pâté, comté, œufs durs. Je ferme les yeux vers 23 heures mais la nuit est glaciale, au point que je suis obligé de décrocher mon hamac au milieu de la nuit pour m’en servir de « couverture », à même le sol. La finesse du tissu ne me réchauffe pas énormément mais je n’ai pas de meilleure solution. Ah, j’aurais du prendre ma veste de pluie en plus !

Jour 2 : Sur les traces de Bastogne-liège et de la Flèche Wallonne

En termes purement physiques, c’est probablement la plus dure des classiques : les montées sont longues, la plupart d’entre elles sont très raides, et elles se présentent avec une fréquence déprimante dans les derniers kilomètres.

C’est avec ces mots que le journal britannique Cycling Weekly qualifiait la course dans un article de 1993. Mes 330 kilomètres de la veille n’allaient pas faciliter la tâche, et je fonçai tout droit dans l’œil du cyclone.

5h53. Pas même le temps d’émerger de ma courte nuit que je suis piqué au vif : les premiers hectomètres de la journée se font sur la terrible côte de Stockeu. Son passage le plus raide, à 15% dans un lacet étroit me scotche au sol et le vélo s’arrête après chaque demi-tour de pédale. Heureusement, la pente s’adoucit ensuite légèrement pour filer vers le sommet. J’y admire le soleil levant et la statut commémorative de la légende Eddy Merckx avant de repartir.

L’itinéraire de 780 kilomètres me prendra 3 jours

J’enchaine par la côte de la Haute-Levée (3,6 km à 5,6%, max à 11%), le Col du Rozier (4,4 km à 5,9%) m’amenant au point culminant du parcours à 564 mètres d’altitude et la côte du Maquisard (3 km à 5,1%). J’arrive ensuite à la côte de La Redoute : son final à 20% me clou au sol. Je me fais déposer par deux cyclistes mais je suis obligé de faire bonne figure alors qu’ils attendent au sommet. La Côte des Forges (1,5 km à 6,9%) passée, j’atteins à la dernière ascension de la course, la Roche-aux-Faucons (1,5 km à 9,5%), également difficile par sa pente maximale à 16%. Alors que je commence à monter, ma chaine se casse, comme à chaque week-end de bike-packing (je ne sais pas si c’est de la malchance !). Je la répare à l’aide d’un maillon rapide mais mes mains sont noires de cambouis. Je suis à Liège vers 11 heures, après 80 km éprouvants. Je fais mes provisions à Carrefour et mange rapidement fromage, salades de thon-mayo et poulet-mayo industrielles. Je me pose ensuite en terrasse pour mon habituel combo café allongé-eau gazeuse.

Je prends alors la route de la ville d’Hervé, point de départ de la Flèche Wallonne 2020, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Liège. J’ai en point de mire le célèbre Mur de Huy, où j’espère installer mon hamac pour la nuit, 150 km plus loin. Je suis très fatigué et mon GPS m’annonce encore 2500 m de dénivelé à gravir, alors je comprends que la journée va être longue et éprouvante. J’enchaine les kilomètres à une vitesse assez faible en pensant à la distance qu’il me reste à faire, étant à ma limite physique. J’arrive au sommet du Werbomont, après une montée de 4,6 km à 4,2%. Sur le bord de la route, je vois de nombreux mûriers et framboisiers : je suis obligé de m’arrêter ! Alors que je les savoure, je lève la tête et tombe sur un pommier sauvage aux tout petits fruits. J’en goûte une et à ma grande surprise, elle n’est pas trop dure mais plutôt acide. J’en mets 7 ou 8 dans ma poche arrière avant de repartir. Même si j’évite le sucre sous toutes ses formes, régime cétogène oblige, je me dis que cela ne va pas me tuer et qu’il serait pêché de ne pas profiter de fruits qui sont à porté demain.

Les vallons s’enchainent encore et toujours alors que je me rapproche de Huy. Il est 20h30 lorsque je grimpe la Côte d’Ereffe (2,2 km à 5,1%) les jambes déjà très lourde. Je traverse le magnifique centre historique de Huy et me trouve alors littéralement au pied du Mur. Je ressens une petite émotion en voyant les panneaux, les inscriptions « Huy » à la peintes à intervalle régulier tout au long de la monté. Je comprends que je suis sur une route qui fait partie de l’histoire du cyclisme, que j’ai vu tant de fois à la télé. Lors de la Flèche Wallonne, les coureurs montent le Mur deux fois : ils parcourent une boucle de 34 km avant de s’adjuger la victoire à son sommet lors de la seconde montée. Avec son punch démentiel, Julian Alaphilippe a remporté les éditions 2018 et 2019 de la course.

Je reprends mon souffle et m’élance pour les 1,3 km à 9,8% avec un virage vertigineux à 26%. C’est difficile, très difficile même mais je donne mes dernières forces car je sais que la journée est ensuite terminée après 230 km. Une fois au sommet, j’admire le couché du soleil bien mérité et je fais quelques photos. Une petite guinguette est ouverte. J’installe mon hamac juste derrière puis bois une eau gazeuse, mange un bout avant d’aller me coucher vers 23 heures.

Il vaut mieux se lancer et ne pas cogiter trop longtemps !

Coucher de soleil au sommet du Mur de Huy

Jour 3 : Vers Le Tour des Flandres

La nuit se passe mieux que la veille, même si il faisait tout de même frisquet sur la fin. Je ne sais pas si je dors si bien que cela en hamac. Mon réveil sonne à 5 heures et je décolle à 5h30 par la descente du Mur. L’étape du jour, qui doit m’amener à Lille, est plus courte (217 km) et présente moins de dénivelé (1900 m). Je trace ma route avec en point de mire les difficultés du Tour des Flandres : Mur de Grammont, Paterberg, Koppenberg, puis Vieux Quaremont. Ces quatre ascensions légendaires s’enchainent en une vingtaine de kilomètres. Elles ont la particularité d’être courtes, extrêmement abruptes et de surcoût sur une route pavée.

Le Mur de Grammont me met de suite dans l’ambiance. Mon développement n’est pas adapté à ces pentes et je suis obligé de me mettre en danseuse, mais ce n’est pas une bonne idée car mon vélo dérape sur les pavés. La pente maximale de 20% survient sur le final, alors que j’entrevois la chapelle sommitale. De nombreux cyclistes savourent leur exploit du jour. L’un m’interpelle : Are you italian ? Je lui réponds que je suis français. « Ah oui, parce que vous avez un maillot « San Pellegrino » !

Le pied du Paterberg, tracé en ligne droite au milieu du champ d’un paysan fan de cyclisme

Le sommet du Paterberg et ses 400 m de bonheur

Je roule quelques minutes jusqu’au Paterberg : ce furent les 400 mètres les plus durs que j’ai pu rouler. L’effort est court mais terrible pour un organisme déjà suffisamment entamé. Pendant la montée, j’entends une voix derrière moi : « Come on ! » L’italien du Grammont me double à toute vitesse sur les pavés abimés. Quelle surprise ! En haut, on discute un peu, je le prends en photo comme devant la chapelle. Il me dit qu’il fait aussi le Koppenberg. On décide de partir ensemble mais nos GPS ne disent pas de suivre la même route. Zut ! On se dit bon courage pour la suite. C’était une belle rencontre, même furtive.

L’enfer du Koppenberg

Le Koppenberg. Probablement l’ascension la plus terrifiante. L’état catastrophique des pavés a obligé l’organisation à retirer le segment de 1987 à 2002. La légende dit que seul 5 participants réussirent à le passer sur le vélo lors d’éditions mémorables, et même le roi Eddy Merckx a du le monter à pied. Je me lance corps et âme, et lorsque la pente atteint les plus forts pourcentages, je me convainc à chaque coup de pédale de ne pas poser le pieds à terre. Les pavés sont aiguisés comme des dents de requin et les vibrations du vélo résonnent dans tout le corps, mais je parviens à atteindre le sommet sur le vélo. J’ai réussi !

Je n’ai pas le temps de me reposer que je prends la route de la dernière difficulté du périple, le Vieux Quaremont. Moins raide et plus long, il demande moins de punch mais plus de résistance pour avancer petit à petit. Je refuse de tricher en prenant le bas-côté non pavé, et j’arrive en haut tant bien que mal.

Une fois l’enchainement des ascensions terminée, il me reste 50 km pour rentrer à Lille mais je suis à bout de force. J’ai mal aux jambes, aux pieds et aux mains : je suis parti sas gants comme à mon habitude mais j’ai des ampoules et ne supporte plus les vibrations du vélo. Je réalise que mes guidolines sont inconfortables au possible et chaque choc me parcours le corps de haut en bas. Je roule doucement en alternant les positions sur le guidon mais plus aucune ne me convient maintenant. Je fini par arriver à Lille vers 18h, très fatigué mais fier du tour que j’ai parcouru !

Le métier qui rentre

Chaque petit voyage en bike-packing est l’occasion pour moi d’emmagasiner de l’expérience et d’apprendre de mes erreurs pour ne plus les reproduire. Cette fois-ci, j’ai fait la grande erreur de partir sans gant. Même si j’adore manier le vélo sans intermédiaire, l’usure de ses longues journées ne m’ont pas fait de bien.

Pour le couchage, je suis toujours à la recherche du meilleur ratio poids-confort et je ne sais pas si le hamac me correspond vraiment. J’ai du mal à dormir en diagonale de dans pour ne pas faire la « banane », d’autant que je me tourne souvent pendant la nuit. Je réflechis à l’utilisation d’un matelas gonflable pour les prochaines fois. Je dois aussi trouver un moyen de lutter contre le froid car la première nuit a été très difficile !


Mon alimentation

Comme je vous le disais, j’ai effectué ces trois jours en mode cétogène, c’est à dire avec une consommation de glucides réduit au maximum. Même si j’ai consommé quelques fruits et une barre chocolatée assez sucrée, je suis parvenu à atteindre la répartition des macros cible en alimentation cétogène sans rien compter !

  • 150 g de saucisson : 36 g de protéines, 2 g de glucides, 51 g de lipides
  • 500 g de pâté de campagne : 77P, 0G, 140L
  • 250 g de cacahuète 65P, 37,5G, 125L
  • 250 g de Comté 18 mois : 66P, 0G, 87L
  • 180 g de fagotin de Maredsous (fromage) : 36P, 0G, 50L
  • 200 g de salade de poulet mayonnaise Carrefour : 22P, 3G, 74L
  • 200 g de salade thon mayonnaise Carrefour : 24P, 6G, 68L
  • 4 œufs durs : 52P, 0G, 34L
  • 1 barre chocolatée Carte D’or : 2P, 23G, 13L
  • 3 petits Speculoos avec le café : 1P, 13G, 4L
  • 80 g de framboises et mures sauvages : 0P, 5G, 0L
  • 4 petites pommes sauvages (environ 150g) : 0P, 15G, 0L
  • 150 g de cerneaux de noix : 19P, 15G, 46L

Estimation des macros totales :

  • 400 g de protéines (1600 calories) = 19% des calories totales
  • 104 g de glucides (416 calories) = 5% des calories totales
  • 692 g de lipides (6228 calories) = 76% des calories totales
  • Total = 8224 calories

Parcours détaillé

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