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4.7
(22)

Je rêvais de réaliser cet itinéraire reliant la ville dans laquelle je vis et celle dans laquelle j’ai grandi, voilà qui est fait ! Chaleurs torrides, haute montagne, gestion de la fatigue, problèmes matériels… Tant d’épreuves que j’ai dû affronter pour en venir à bout !

1380 km • 5,5 jours • 70h15 à pédaler • 20500 d+

Découvrez le film complet :

Lundi, 6 heures. Il est temps de s’élancer ! Je quitte Lille sans vraiment réaliser que je vais tenter de rejoindre la Méditerranée. Les deux premiers jours, entre Lille, Reims et Besançon, la très forte chaleur me met rapidement K.O. Je traverse des villages déserts, mes réserves d’eau s’amenuisent, je croise ma première fontaine en fin de journée. Je n’anticipe pas mon alimentation et je ne mange presque rien le premier jour (2 tablettes de chocolat à 85% et 100g de HolyFat). Je passe devant une cour d’école et demande de l’eau à des écolières de 6-7 ans, leur maître revient avec les gourdes remplies aux 3/4 seulement, je lui dis merci avec un sourire mais repars un peu énervé (il ne doit pas savoir ce que c’est d’avoir soif).

J’anticipe mieux les jours d’après et j’essaye de manger régulièrement et d’avoir quelques réserves dans les poches. Ça sera beaucoup de pâté artisanal et de fromage, je découvre que la mozza passe super bien car elle se gobe presque. Un jour, j’en mange 4 d’affilée.

Le GPS veut sans cesse me faire passer par des chemins caillouteux à travers les champs et je me fais avoir : 2 crevaisons le premier jour. Je n’ai donc rapidement plus de chambres à air. Je dois souvent prendre des détours pour rester sur le bitume. Je finis la journée à 290 km.

Petit matin vers Chaumont

J2. 7 heures du mat’, après une heure de route, mon pneu est très dégonflé, je crois à la crevaison… J’essaie donc les rustines sans colle achetées avant de partir. Elles tiennent 2 heures et lâchent. Je me retrouve bien dans la mouise, je réessaye ma chambre précédente : c’était semble-t-il une crevaison lente, je la remonte et je parviens à atteindre Chaumont. Un très gentil vélociste me remet tout en place avec un nouveau fond de jante (erreur d’être parti avec des roues pas vraiment testées et pas les pneus que je voulais…), je repars avec 2 chambres neuves et de vraies rustines. 20 heures, c’est tôt mais je n’ai plus de jus malgré “seulement” 250 km. Je dors à côté d’un cimetière, je me paye le luxe de prendre une douche au jet et de faire une lessive. Pluie au milieu de la nuit, je me déplace dans un abri dans le cimetière. Mon matelas se dégonfle toutes les 2 heures, c’est son premier voyage, je l’ai payé 100€, super.

Étendage de linge lavé dans le cimetière

J3. Je passe Besançon puis traverse le Haut-Jura, j’en prends plein la vue, je roule avec facilité et profite des longues descentes. Il fait frais, que du bonheur. Je pousse alors en soirée. Je finis la journée par l’ascension du col de Cuvéry en nocturne et plonge de l’autre côté pour dormir dans un hall d’immeuble en face de l’église du village après 294 km. Dès que je me retourne, ça allume la lumière automatique. Pas cool.

J4. Les Alpes arrivent ! Je commence par l’ascension du célèbre Grand Colombier (1500m). La descente est un peu dans le brouillard et il y a de grosses pierres sur la route que j’essaie d’éviter. C’est raide. Je m’en prends une petite et mon pneu se dégonfle en quelques secondes, sur la pente à -13%, j’arrive à m’arrêter, j’ai eu peur. Je commence à réparer mais les chambres que j’ai achetées à Chaumont sont complètement collées ! Impossible de les gonfler avec ma mini-pompe. J’essaie de les décoller avec les dents, nada. Je remets à nouveau ma chambre en crevaison lente mais en bas c’est déjà cuit. Je me souviens que j’ai acheté de vraies rustines ! Ouf, je démonte encore une fois, j’en colle sur une chambre HS, elle ira jusqu’à la prom’.

L’embouchure du Rhône depuis les hauteurs du Grand Colombier

Je longe le Lac du Bourget, où j’ai passé toutes mes vacances d’été, un peu ému. Je traverse le massif de la Chartreuse que je connais par cœur (j’ai étudié à Grenoble), mais que c’est dur tout de même. J’arrive à Grenoble à 16 heures ou je me pose 1 heure chez un pote. Avec une pompe à pied, on décolle les chambres à air récalcitrantes, je pourrais les utiliser si besoin. Je charge un petit peu mes appareils car ça devient limite… Je devais y dormir mais puisqu’il est encore tôt, je décide d’essayer de passer le Lautaret ce soir. L’approche puis la montée sont interminables. 90 km entre Grenoble et le col, 1800 mètres à monter. Une fois dans les hauteurs de l’Oisans, je me sens minuscule, entouré de ces monstres tutoyant les 4000 mètres. Il pleut un peu depuis quelques heures mais ça va encore. Il commence à faire nuit. Sur les pentes finales du col, vers 22h30, je me demande si je vais réussir à le passer, je dors finalement à Villar d’Arène, 700 mètres d’altitude en dessous. Je reprendrai le lendemain. Je dors dans le hall d’une église en travaux, bien abrité. Bilan du jour : 236 km et 5000 d+.

En direction du Lautaret

J5. Je termine la montée du Lautaret que je passe sous un épais brouillard à 7h du matin. Il fait froid et je sors enfin les gros gants qui encombrent ma sacoche arrière depuis le départ. Je descends en priant pour que le soleil sorte rapidement de derrière l’aiguille du Lauzet. Pause pâté-café à Briançon à 8h30 et j’attaque l’enchaînement cols de l’Izoard et de Vars.

L’ascension du Col de la Bonette

La montagne, la vraie. À Lille, les montées ne dépassent pas 5 minutes, ici, elles durent 2 heures. Depuis deux jours, je suis cuit. Mon cardio ne monte plus au-dessus de 138 et ma puissance plafonne à 120 watts. Je monte à 8 km/h en ne regardant pas plus loin que les 50 cm devant ma roue avant. Les 34 dents de ma cassette qui devaient me donner une belle marge s’avèrent limite avec la fatigue et le chargement quand la pente dépasse les 8%. Je compte les cailloux, les lignes… Je passe l’Izoard et Vars puis plonge le long de l’Ubaye vers l’apogée de mon aventure : les 2800m du col de la Bonette. En bas, la météo est incertaine et je n’ai pas envie de prendre le risque de me prendre un orage à cette altitude. Je décide d’éviter ce col mais ce n’est possible sans un détour immense par l’Italie : je dois m’y engager. L’altitude augmente et les paysages changent, la forêt laisse place aux décor minéral puis au blanc de la neige. Au bord de la route, le manteau est alors de plusieurs mètres. Le col a été ouvert pour la saison estivale il y a quelques jours seulement. Par chance, je ne prends pas une goutte et je me retrouve en haut en t-shirt après 24 km et 2h45 de montée. Les pros comme Warren Barguil mettent 1 heure, ça calme.

La Bonette (2800m)

Enfin en haut, je demande à deux motards allemands de me prendre en photo, je m’habille puis remonte sur le vélo. Incroyable de descendre si longtemps ! Dans la descente de la vallée de la Tinée, je suis pris par l’émotion en réalisant que je viens de passer les Alpes et que je vais réussir à atteindre Nice, que les longues ascensions sont terminées. Mon Garmin m’annonce une dernière montée de plus de 1200 m de dénivelé mais je ne veux pas y croire. Pourtant si, me voilà au pied du col de la Colmiane pour changer de vallée. Ce n’est jamais fini !

L’ascension de la Colmiane

Je sais que mon père et mon frère m’attendent en haut du col et que nous dormirons à Venanson, au-dessus de St Martin Vésubie ce soir. Je retrouve une énergie incroyable sortie de nulle part et je monte ce col à toute vitesse. Je mets 30 dents derrière sur les pourcentages où j’étais à 34 dents toute la journée, je pousse sur les pédales et monte à plus de 700 mètres d’altitude par heure alors que j’étais à 530 aujourd’hui. Je finis au sprint au moment de les retrouver, quelle joie ! Je dors enfin dans un vrai lit, je verrai Nice demain ! 234 km, 5800d+.

Les retrouvailles après des jours de vélo !

J6. Il ne reste que 80 km pour arriver à Nice et nous roulons tous les trois en profitant des paysages et en faisant quelques photos. Cette dernière étape me rappelle celle des Champs Élysées lors du Tour, pendant laquelle les coureurs ne se font plus la course et l’équipe gagnante débouche le champagne en roulant. L’arrière pays niçois est magnifique, encore quelques bosses à passer et nous voilà sur la Promenade des Anglais, au bord de la mer ! 

J’ai un peu du mal à me rendre compte que lundi matin, je partais de Lille et que j’ai traversé un pays en moins d’une semaine. Je ne me rends pas encore compte non plus qu’en juillet, il va falloir rouler le même nombre de kilomètres chaque jour mais pendant 10 jours pour en venir à bout des 2600 km de la Race Across France !

J’ai acquis de l’expérience qui me sera d’une grande utilité pour la RAF : matériel, alimentation, gestion des aléas, du repos et de la fatigue… Mais que ce fut bon !

Cette aventure, je la dédie à Sabrina de l’association Kœur de Rose, soutenant les femmes atteintes de cancers du sein triples négatifs. Il n’existe aujourd’hui pas de traitement en France et Sabrina doit recueillir 145 000 € pour se faire soigner par immunothérapie et vaccinothérapie en Allemagne. Pour en savoir plus sur Kœur de Rose, rendez-vous sur les comptes Instagram et Facebook de l’association.

Un immense merci par avance pour votre solidarité ! Pour faire un don 👇

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Olivier Maria

Olivier Maria

Passionné de sport et de cuisine, je concilie les deux en suivant le mode de vie cétogène. J'utilise l'énergie que me procure une alimentation pauvre en glucides et riche en matières grasses pour courir, pédaler, nager...

2 Commentaires

  • rémi nfkb dit :

    Bravo pour ce superbe périple ! Roulant autour de Lille, je suis bien placé pour savoir qu’il est difficile de s’entrainer à la montée de col !
    Avez vous fait des courses plus courtes ou des voyages à vélo plus simples avant de faire ce Lille Nice ?

    merci

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